WASH-CAP : une auto-évaluation nationale pour transformer durablement le secteur EAH
Le 17 février, à l’Hôtel Ibis à Antananarivo, le Ministère de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Hygiène (MEAH), avec l’appui de l’UNICEF, a organisé une journée de concertation sectorielle consacrée à l’initiative Water, Sanitation and Hygiene – Capacity Assessment and Planning (WASH-CAP). Cette rencontre s’inscrit dans la première phase d’une étude nationale visant à analyser de manière participative les besoins en développement des capacités des acteurs du secteur Eau, Assainissement et Hygiène (EAH) à Madagascar.
Une évaluation structurée des capacités pour améliorer la performance du secteur
L’objectif de WASH-CAP est de permettre aux acteurs du secteur de conduire une auto-évaluation structurée de leurs capacités afin d’améliorer la gestion des programmes de manière efficace et efficiente. L’approche repose sur une idée centrale : la performance du secteur dépend directement des capacités individuelles et organisationnelles à remplir les fonctions liées à leurs mandats. Autrement dit, la performance résulte de l’articulation entre fonction, mandat et action. Il ne s’agit pas uniquement d’identifier des besoins en formation, mais d’analyser plus largement les capacités institutionnelles, organisationnelles, procédurales et de coordination qui conditionnent le fonctionnement du secteur.
Un des concepts clés présentés lors de la journée est celui de la Performance Optimale Faisable (POF), qui correspond au niveau de performance réaliste qu’une organisation peut atteindre à court ou moyen terme compte tenu de ses contraintes actuelles, qu’elles soient institutionnelles, humaines ou financières. Cette approche pragmatique permet de dépasser les objectifs théoriques pour se concentrer sur ce qui est concrètement atteignable et sur les capacités à renforcer ou à développer pour y parvenir. Elle constitue un cadre structurant pour orienter les priorités en matière de renforcement des capacités.
Cette étude fait suite aux résultats du Water, Sanitation and Hygiene Bottleneck Analysis Tool (WASH BAT) de Madagascar en 2023 dont le rapport est disponible en cliquant ici, au cours duquel les acteurs du secteur avaient unanimement identifié le renforcement des capacités comme une priorité majeure pour améliorer la gouvernance et la performance du secteur EAH. WASH-CAP vise ainsi à traduire ce constat en une analyse approfondie et en recommandations opérationnelles.

Renforcer la résilience climatique et la coordination sectorielle
L’initiative s’inscrit également dans une perspective de résilience climatique. En effet, selon l’approche, des services EAH résilients sont ceux capables d’anticiper, de faire face et de s’adapter aux chocs et aux stress climatiques, tout en garantissant la continuité et la qualité des services. Cette résilience repose sur :
- La durabilité des infrastructures ;
- La disponibilité et la gestion de la ressource en eau ;
- La pérennité des services ;
- Les compétences et les rôles des usagers ;
- La clarté des responsabilités des autorités.
La journée a réuni un large éventail d’acteurs – ministères et organismes rattachés, ONG, opérateurs privés, bailleurs de fonds et instituts de recherche – permettant de croiser les perspectives et de mettre en lumière les interdépendances ainsi que les fragilités systémiques affectant la coordination, la planification et le financement du secteur.

À l’issue de cette première consultation, les consultants procéderont à l’analyse des données collectées et mèneront, le cas échéant, des échanges bilatéraux avec certains acteurs clés afin d’approfondir les constats. Les résultats alimenteront des recommandations structurées en vue de l’élaboration d’un plan stratégique de développement des capacités du secteur. Une déclinaison de l’étude au niveau décentralisé pourrait également être envisagée afin de mieux intégrer les réalités territoriales.
Au-delà de l’exercice technique, cette initiative constitue une étape importante dans la structuration du secteur EAH à Madagascar. En effet, les échanges ont mis en évidence une prise de conscience partagée : la résilience du secteur ne peut être atteinte de manière isolée. Elle suppose une approche holistique et une coordination renforcée entre les différents acteurs. Effectivement, si les infrastructures peuvent être construites ou réhabilitées, la durabilité et la résilience des services reposent avant tout sur la solidité du système institutionnel et sur la capacité des acteurs à exercer pleinement leurs mandats.

