Du fleuve Sénégal au Lac Itasy - Une semaine d’échanges autour de la ressource en eau
Du 7 au 10 juillet 2026, une délégation de la Société de Gestion et d’Exploitation de Diama (SOGED) était en mission à Madagascar. L’objet de la visite tenait en deux termes qui reviennent sans cesse dès qu’on parle de gestion de l’eau : la mobilisation des communautés et les systèmes de redevances.
Une rencontre née au RIOB 2024
Tout a commencé en 2024, lors du rassemblement du Réseau International des Organismes de Bassin (RIOB), à Bordeaux. Une délégation malgache y avait présenté son approche de mobilisation et de participation citoyenne ; la partie sénégalaise, son système de paiement pour les différents usages de l’eau. De part et d’autre, un même besoin est ressorti : chacun avait quelque chose à apprendre de l’autre.
Grâce à l’appui du Programme Solidarité Eau et de Ran’Eau, des échanges de pratiques ont ensuite été organisés. Cette mission concrétise des mois de dialogue entre les deux parties.
Trois rendez-vous dans la semaine
- Une réunion technique interministérielle : Le mercredi 8 juillet au matin, à l’immeuble Jacaranda d’Ambatonakanga, Ran’Eau a réuni le Ministère de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Hygiène (MEAH), l’Autorité Nationale de l’Eau et de l’Assainissement (ANDEA) et le Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire (MiASA). Une question était au cœur de la discussion : comment intégrer les différents usages de l’eau, y compris l’agriculture, dans le système national de redevances ? Avec le renouvellement des textes réglementaires du secteur Eau, Assainissement et Hygiène (EAH), le moment paraît opportun pour aborder ces sujets. La SOGED a partagé sa manière de faire concernant son système de paiement pour les usages de l’eau. L’échange cherchait aussi à rapprocher le MEAH et le MiASA, deux acteurs que la question des redevances concerne également.

- Une séance du groupe de travail GIRE : L’après-midi du même jour, la délégation de la SOGED a rejoint le GT GIRE animé par Ran’Eau, consacré cette fois au statut, aux rôles et au financement des comités de gestion de bassin. Les comités recensés aujourd’hui à Madagascar évoluent sous des statuts très variés — de l’informel à l’association déclarée. Le constat est partagé : sans statut adéquat, un comité peine à gérer des fonds et à inscrire son action dans la durée. L’expérience de la SOGED, comme celle du comité de l’Itasy, vient nourrir le chantier que le groupe ouvre cette année : un policy brief destiné aux décideurs.

- Une visite de terrain en Région Itasy : Du 8 au 10 juillet, la mission s’est déplacée à Ampefy, sur les bords du Lac Itasy. C’est là que les échanges ont pris tout leur relief, au contact des acteurs locaux qui travaillent au quotidien à la gestion du lac. La délégation y a notamment rencontré le Comité de Gestion du Lac Itasy (COGELI), une association qui rassemble les différents usagers autour d’un même objectif : protéger et sauvegarder le lac. Il s’agissait d’observer comment le COGELI et ses partenaires, à l’instar d’AgriSud Madagascar, mobilisent la population locale autour d’actions de protection du lac — reboisement stratégique, techniques agricoles adaptées. Cette dynamique est appuyée par la coopération décentralisée entre la Région Nouvelle-Aquitaine et la Région Itasy.

Conclusions des échanges
Plusieurs conclusions se dégagent de cette semaine d’échanges.
- La première : poursuivre ces échanges entre secteurs autour de l’usage de l’eau et des systèmes de paiement. L’eau est un bien transversal, qui relie eau potable, agriculture, énergie et environnement ; à ce titre, l’approche Nexus mérite d’être renforcée, plutôt que de traiter ces secteurs en silos.
- La deuxième : définir d’abord à quoi servent les redevances avant de décider comment les collecter — la finalité avant le mécanisme. Un modèle ne se réplique pas tel quel ; il se module et s’adapte en tenant compte des spécificités de Madagascar.
- La troisième : les participants ont été unanimes : sans redevabilité, sans que les usagers voient à quoi sert ce qu’ils paient, aucun système de redevances ne tiendra dans le temps.
Une semaine d’échanges ne règle pas des questions aussi profondes et fondamentales pour le secteur. Mais elle crée des liens, met des visages sur des expériences et rappelle que Madagascar n’avance pas seul : d’autres acteurs, forts de leurs propres expériences, peuvent être mobilisés pour appuyer les réflexions nationales.

