5ème édition de « Rencontre avec un gestionnaire » - Échanges avec l’entreprise 2ADH

Le jeudi 15 octobre 2026, au Café Yo, à Analakely, l’ONG Ran’Eau a organisé la 5ème édition de « Rencontre avec un gestionnaire ». Pour cette nouvelle édition, l’entreprise Aide et Action pour le Développement Humain (2ADH) a partagé son expérience de gestionnaire à la fois de services d’eau potable et de réseaux d’électricité.

Lancé en 2024, ce format de rencontre courte part d’un constat : le métier de gestionnaire de service d’eau reste peu documenté à Madagascar, alors que c’est à ce niveau que se joue la pérennité des ouvrages une fois construits. Les quatre premières éditions portaient sur, ou étaient en lien avec, l’eau uniquement. Celle-ci ouvre le format à la gestion multisectorielle, un sujet déjà abordé lors de l’atelier d’échange Eau/Énergie d’Antsirabe, en mars 2026, où 2ADH avait été identifié en exemple de gestion mutualisée Eau-électricité.

L’objectif de la rencontre était d’échanger sur les réalités de la gestion mutualisée d’un service d’eau potable et d’un réseau d’électricité. Fondée en 2012 et basée à Antsirabe, 2ADH gère vingt systèmes d’adduction d’eau potable dans seize communes de différentes régions de Madagascar. 

Dans la Région Diana, elle exploite depuis avril 2025 deux réseaux d’énergie villageois (REV), financés par Experts-Solidaires, dans les communes rurales d’Antsirabe - district d’Ambanja - et d’Antsaravibe - district d’Ambilobe, sur des sites déjà desservis en eau potable. Les REV sont des installations solaires villageoises tournées vers l’usage productif plutôt que vers les ménages. Chaque site s’organise autour d’un bâtiment, l’espace REV, équipé d’une centrale photovoltaïque à suivi intelligent et d’un groupe électrogène de secours, pour une capacité de 40 kWh par jour ; sa gestion est couplée à celle du service d’eau. Les entrepreneurs y achètent l’énergie en prépaiement et louent chaque mois leur emplacement et leurs équipements. Pour 2ADH, l’enjeu dépasse la fourniture d’électricité : faire émerger des activités économiques en milieu rural, favoriser la production et vente des produits locaux comme l’arachide ou la noix de cajou, désenclaver les villages par une connexion Internet, et offrir aux jeunes et aux femmes un lieu de travail que l’entreprise présente comme un frein à l’exode rural.

Suite à la présentation de 2ADH, les échanges ont porté sur la tarification, la mutualisation des coûts et les enjeux d’une gestion multisectorielle. Plusieurs axes structurants se dégagent :

  • Le premier concerne la mutualisation elle-même : Une seule administration, une équipe technique qui n’est pas doublée, un chef d’exploitation par site : les charges de personnel se partagent entre les deux services. Le partage reste inégal, car le suivi du service d’eau absorbe en pratique plus de temps que la répartition à parts égales prévue au départ ;
  • Le second axe porte sur le recouvrement : Prépayée et pilotée à distance, l’électricité est recouvrée presque intégralement ; l’eau, facturée chaque mois, donne des résultats variables selon les sites. Pour la question des tarifs, ils sont entièrement distincts - avec le prix de l’eau variant de  1 900 ariary à 3 000 ariary par m3 selon les sites et l’électricité fixé à 3 000 ariary le kWh ;
  • Le troisième axe concerne le choix d’une énergie productive : Les REV ne raccordent pas les ménages : ils alimentent un espace où des entrepreneurs locaux, sélectionnés sur appel à manifestation d’intérêt puis mis à l’essai pendant trois mois, louent un emplacement et des équipements — couture, soudure, pâtisserie, broyage, services numériques. Une part des loyers des espaces REV finance la maintenance des matériels.

Ran’Eau poursuit ce format de rencontres courtes consacré aux métiers de gestionnaire, désormais ouvert à la gestion multisectorielle, et prévoit de capitaliser les retours d’expérience recueillis au fil des éditions.