4ème édition de "Rencontre avec un gestionnaire"
Le mercredi 19 août 2026, l’ONG Ran’Eau a organisé au Café Yo, à Antananarivo, une nouvelle édition de sa rencontre courte « Rencontre avec un Gestionnaire », avec le consortium EGS Soarafitra – EGM Mihary et Helvetas Madagascar, qui l’appuie techniquement.

Ce format court, proposé depuis 2024, répond à un constat simple : le métier de gestionnaire de service d’eau reste peu documenté à Madagascar, alors même que la pérennisation des infrastructures après leur construction constitue le principal défi du secteur. Trois éditions l’ont déjà exploré — l’Entreprise Aina en 2024, l’entreprise Ranosoa puis la tarification sociale en 2025. Celle-ci portait sur une configuration encore peu décrite : le Gestionnaire Investisseur Constructeur (GIC), qui construit l’ouvrage, y engage ses propres fonds, puis l’exploite.
L’objectif de la rencontre était double : comprendre ce métier tel qu’il se pratique, et interroger les conditions de sa viabilité. Les deux intervenants y apportaient des positions distinctes. Le consortium EGS Soarafitra – EGM Mihary, né en 2018 de l’alliance entre une entreprise de génie rural forte de 22 ans d’activité et une entreprise de gestion de service d’eau, gère aujourd’hui une trentaine de systèmes dans neuf communes rurales du Menabe et de l’Amoron’i Mania, pour 6 784 ménages desservis. Helvetas Madagascar intervient en appui aux acteurs locaux, par son programme Ratsantanana et le Service Technique et Financier aux Gestionnaires (STEFIG).
Les échanges ont couvert le modèle économique du gestionnaire, la tarification et le recouvrement, la répartition des rôles avec la commune, le contrôle des normes, le traitement de l’eau et la protection de la ressource. À travers les interventions et les échanges avec le public, plusieurs axes structurants se dégagent :
- Le premier concerne la sécurisation des investissements du gestionnaire. Le modèle GIC suppose que l’opérateur engage ses fonds propres dans un ouvrage qui ne lui appartient pas, avec un retour qui s’étale sur plusieurs années. Or, en dehors du contrat de construction, aucune garantie ne lui est accordée sur ces fonds. Le tarissement d’une source ou un recouvrement durablement faible suffisent à remettre en cause l’équilibre ;
- Le second axe porte sur les moyens de la maîtrise d’ouvrage communale. Il revient à la commune de fixer les règles, de planifier et de contrôler l’activité du gestionnaire, et c’est avec elle seule que le contrat de gestion est signé aujourd’hui. Mais la plupart des communes peinent à financer leur propre service de suivi en eau, assainissement et hygiène. Les pistes évoquées — mobilisation des redevances et des taxes, fusion du poste d’agent technique avec un poste existant — restent à éprouver, et la continuité du service au-delà des changements d’équipe municipale demeure posée ;
- Le troisième axe concerne les dispositifs d’appui intermédiaires. Le STEFIG accompagne à la fois le gestionnaire et la commune, sans se confondre avec le service communal de contrôle ni appartenir à celui qui a soutenu sa création. Son statut varie selon les régions — entreprise privée, association ou organisation non gouvernementale — et son financement à long terme n’est pas arrêté ;
- Enfin, la protection de la ressource conditionne la durabilité du service, tout en échappant largement au gestionnaire. Aucun mécanisme de paiement pour services écosystémiques n’est envisagé à ce stade. Les échanges ont surtout souligné le besoin d’associer la commune, seule à pouvoir légitimer un périmètre de protection et sanctionner son non-respect, et de renforcer les Directions Régionales de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Hygiène dans ce contrôle.
Ran’Eau poursuit ce format de rencontres courtes consacré aux métiers de gestionnaire de service d’eau, et prévoit de capitaliser les retours d’expérience recueillis au fil des éditions.

