Atelier croisé EauXÉnergie à Antsirabe

Les 24 et 25 mars à Antsirabe, l’ONG Ran’Eau, en partenariat avec le Programme Solidarité Eau et le Réseau Cicle, a organisé un atelier croisé consacré aux enjeux eau et énergie dans les établissements scolaires et les centres de santé. L’objectif était, au-delà des approches sectorielles, de mieux comprendre les défis liés à l’articulation de ces deux services essentiels. L’événement s’est structuré en deux temps complémentaires.

Visite du projet d'accès à l'eau potable de Mad’Energie au sein d’un centre scolaire

La première séquence a consisté en une visite du projet d’accès à l’eau potable porté par l’association Mad’Energie au sein d’un établissement scolaire. Ce projet repose sur l’installation d’un système de pompage solaire couplé à un dispositif complet de distribution d’eau. La plateforme éducative du village, construite dans le cadre de l’initiative, permet aujourd’hui à 400 élèves de bénéficier d’un accès fiable à l’eau potable, notamment pour la cantine, les latrines et les dispositifs de lavage des mains. En parallèle, l’installation de modules photovoltaïques en toiture, associés à un système de stockage sur batteries, assure l’alimentation en électricité de l’éclairage scolaire, du système de filtration UV de l’eau ainsi que des équipements informatiques.

Trois enseignements principaux se dégagent de cette visite. D’une part, les modalités de financement, souvent caractérisées par des décaissements par tranches, conduisent à phaser les projets en plusieurs volets successifs, malgré une conception initialement intégrée des services eau et énergie. D’autre part, la question de la pérennité des infrastructures apparaît centrale, en particulier pour les équipements en milieu scolaire et sanitaire. L’anticipation des coûts de maintenance et de renouvellement constitue un enjeu critique, auquel des mécanismes de services communautaires pourraient répondre en contribuant à la viabilité économique des installations. Enfin, l’implication communautaire s’avère déterminante : sur ce « chantier école », les parents d’élèves et les représentants du Fokontany sont mobilisés au sein d’une équipe de maintenance et participent activement aux actions de sensibilisation à l’hygiène, à l’usage de l’eau et à l’énergie.

Atelier partage d’expériences sur les projets combinant eau et énergie en milieu scolaire et centre de santé

L’atelier a été l'occasion pour une diversité d’acteurs de partager leurs expériences sur, ou en lien avec, le thème de la rencontre : 

  • Cadrage légal pour les projets Eau, Assainissement et Hygiène en milieu scolaire et centre de santé respectivement par le Ministère de l’Education Nationale et le Ministère de la Santé Publique ;
  • Intérêt de l’approche intersectorielle par le Réseau Cicle ;
  • Expériences de terrain par les ONG Électriciens Sans Frontières et Un Enfant par la Main et l’Association Mad’Energie.

Ces échanges ont permis de faire émerger trois constats structurants. Premièrement, l’intégration des composantes eau et énergie au sein d’un même projet présente un fort potentiel, notamment en termes de mutualisation des coûts et des ressources. Deuxièmement, le phasage des interventions peut constituer un levier pertinent, à la fois pour accompagner progressivement les bénéficiaires et pour adapter les investissements à des contraintes de financement souvent limitées. Troisièmement, l’implication des bénéficiaires à chaque étape du projet est essentielle pour renforcer l’appropriation des infrastructures et en garantir la durabilité.

Enfin, les discussions ont permis de mieux qualifier les principaux blocages à la mise en œuvre de projets intégrés eau-énergie à Madagascar. Sur le plan institutionnel, les limites de la décentralisation, l’absence d’un cadre réellement multisectoriel et la faible appropriation des textes réglementaires freinent la coordination des interventions. Sur le plan économique, les contraintes de financement — tant du côté des institutions que des porteurs de projets — combinées à la faible capacité contributive des ménages en milieu rural, compliquent la viabilité des services, notamment en matière de maintenance. Sur le plan technique, le cloisonnement des compétences, l’accès limité aux équipements spécialisés et les contraintes logistiques liées à l’enclavement constituent des obstacles supplémentaires.

En réponse, plusieurs pistes ont été mises en avant de manière convergente. Elles incluent le renforcement de la coordination institutionnelle à travers des mécanismes dédiés et une meilleure vulgarisation des normes, le développement de modèles économiques adaptés (sensibilisation à la non-gratuité des services, diversification des ressources locales, mutualisation de la gestion), ainsi que le renforcement des capacités techniques locales via des formations polyvalentes, la standardisation des équipements et une meilleure anticipation des besoins dès la phase de conception. Ces leviers apparaissent essentiels pour améliorer la faisabilité et la durabilité des approches intégrées eau-énergie dans le contexte malgache.