Regards croisés sur la Gestion Intégrée des Ressources en Eau
Le mercredi 29 avril 2026, l’ONG Ran’Eau, en partenariat avec la Faculté d’Économie, de Gestion et de Sociologie, a organisé une table ronde consacrée à la Gestion Intégrée des Ressources en Eau (GIRE), à l’Université d’Ankatso.

Au-delà d’un simple espace d’échange, cette rencontre s’inscrit dans un constat récurrent dans le secteur : la GIRE est largement reconnue comme un cadre de référence pertinent pour répondre aux pressions croissantes sur les ressources en eau — croissance démographique, variabilité climatique, concurrence entre usages — mais elle demeure insuffisamment appropriée par les acteurs, et encore peu intégrée dans les parcours de formation.
Dans ce contexte, l’objectif de la table ronde était double : d’une part, clarifier les fondements et les principes de la GIRE ; d’autre part, interroger ses conditions effectives de mise en œuvre à partir d’expériences croisées à Madagascar et en France. La diversité des intervenants — Autorité Nationale de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Hygiène (ANDEA) pour la partie institutionnelle, Faculté d’Économie, de Gestion et de Sociologie pour le monde académique, Helvetas Madagascar pour les approches de terrain, l’entreprise Sandandrano pour le secteur privé, et l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse pour l’expérience française — a permis de confronter des approches complémentaires, révélant à la fois des convergences et des points de tension.

Les échanges ont ainsi couvert les fondements théoriques et le cadre légal de la GIRE, les mécanismes de financement mobilisables, les retours d’expérience opérationnels, ainsi que des éléments de comparaison avec le modèle français. À travers les interventions et les échanges avec le public, plusieurs axes structurants se dégagent :
- Le premier concerne l’effectivité des cadres législatifs. Si les bases réglementaires existent, leur mise en application reste inégale selon les territoires et les niveaux d’intervention. Cette situation interroge moins la pertinence des textes que les capacités institutionnelles, les dispositifs de suivi et les arbitrages nécessaires à leur opérationnalisation ;
- Le second axe porte sur la concertation et l’inclusivité. La GIRE repose sur une gestion concertée des ressources, impliquant une diversité d’usagers et de secteurs. Or, les discussions ont mis en évidence que ces espaces de dialogue restent encore limités ou insuffisamment structurés. L’enjeu ne réside pas uniquement dans la participation, mais dans la capacité à organiser des processus de décision réellement partagés, tenant compte des asymétries de pouvoir et des intérêts divergents ;
- Enfin, la dimension multisectorielle s’impose comme une condition incontournable mais difficile à concrétiser. L’eau étant à l’interface de nombreux secteurs — agriculture, énergie, urbanisation, santé — toute approche cloisonnée limite la portée des interventions. La GIRE appelle ainsi à des mécanismes de coordination intersectorielle qui restent encore à consolider dans les pratiques.
Au vu des dynamiques actuelles, Ran’Eau, qui anime un groupe de travail dédié à la GIRE, prévoit de relancer les échanges et capitalisation d'expériences pour cette année 2026.

